FAQAnar:A.2 - Que représente l'Anarchisme?

De Anarchopedia.

FAQ anarchiste
« L'anarchie c'est l'ordre moins le pouvoir »
A - Qu'est-ce que l'anarchisme ?

Introduction
A.1 - Qu'est ce que l'Anarchisme ?



A.2 - Que représente l'Anarchisme?



A.3 - Quelles sortes d'anarchisme existe-t-il ?



A.4 - Qui sont les penseurs reconnus dans l'anarchisme ?



A.5 - Quels sont les exemples "d'anarchie en action" ?



Sommaire complet et détaillé

Ces quelques mots de Percy Bysshe Shelley[1] donnent une idée de ce que représente l’anarchisme dans la pratique et quels idéaux le motivent :

« L’homme à l’âme vertueuse ne commande pas, ni n’obéit :
Le pouvoir, comme une ruineuse pestilence,
Pollue tout ce qu’il touche, et l’obéissance,
Le fléau de tout génie, vertu, liberté, et vérité,
Fait des hommes des esclaves et de l’humanité
Un automate mécanisé. »[2]

Comme les vers de Shelley le suggèrent, les anarchistes accordent une grande importance à la liberté, la désirant à la fois pour eux-mêmes et pour les autres. Ils considèrent également l’individualité — ce qui fait d’une personne un être unique — comme étant l’aspect le plus important de l’humanité. Ils reconnaissent, cependant, que l’individualité n’existe pas dans le vide mais est un phénomène social. À l’extérieur de la société, l’individualité est impossible, puisqu’on a besoin des autres pour se développer, grandir, et subvenir à ses besoins.

D’ailleurs, entre le développement individuel et social, il y a un effet de réciprocité : les individus se développent dans et sont formés par une société particulière, alors qu’en même temps ils aident à former et changer des aspects de cette société (aussi bien eux-mêmes que d’autres individus) par leurs actions et pensées. Une société qui ne serait pas basée sur des individus libres, leurs espoirs, leurs rêves et leurs idées serait vide et morte. Ainsi, « La fabrication d’un être humain [...] est un processus collectif, un processus dans lequel la communauté et les individus participent également. »[3] En conséquence, toute théorie politique qui se base purement sur le social ou sur l’individu est fausse.

Afin que l’individualité puisse se développer de la meilleure manière possible, les anarchistes considèrent comme essentiel de créer une société basée sur trois principes — la liberté, la solidarité et l’égalité — qui sont interdépendants.

La liberté est essentielle pour la pleine maturation de l’intelligence humaine, de la créativité, et de la dignité. Être dominé par les autres est se voir nié la chance de penser et agir par soi-même, qui est la seule manière de se développer et de développer son individualité. La domination étouffe également l’innovation et la responsabilité personnelle, menant au conformisme et à la médiocrité. Ainsi la société qui maximise le développement de l’individualité sera nécessairement basée sur l’association volontaire, et pas sur la coercition ni l’autorité. Pour citer Pierre-Joseph Proudhon, « Tous associés et tous libres. »[4] Ou, comme Luigi Galleani le note, l’anarchisme est « l’autonomie de l’individu dans la liberté d’association. »[5] (Voir à ce sujet la section A.2.2.)

Si la liberté est essentielle pour le plein développement de l’individualité, alors il est essentielle pour la liberté que l’égalité soit réelle. Il ne peut y avoir aucune vraie liberté dans une société avec des inégalités brutes de puissance, de richesses, et de privilèges, stratifiée en classes et hiérarchisée. Car dans une telle société seuls quelques uns — ceux du dessus de la hiérarchie — sont relativement libres, alors que le reste sont des semi-esclaves. Par conséquent, sans égalité, la liberté devient une farce — au mieux la « liberté » de choisir son maître (ou patron), comme sous le capitalisme. D’ailleurs, même l’élite dans de telles conditions n’est pas vraiment libre, parce qu’elle doit vivre dans une société rendue laide et stérile par la tyrannie et l’aliénation exercée sur la majorité. Et puisque l’individualité se développe pleinement seulement avec les contacts les plus importants avec d’autres individus libres, les membres de l’élite sont limités dans les possibilités pour leur propre développement par la pénurie d’individus libres avec qui interagir. (Voir également la section A.2.5.)

Enfin, la solidarité signifie l’aide mutuelle : travailler volontairement et en coopération avec d’autres qui partagent les mêmes buts et intérêts. Mais sans liberté et égalité, la société devient une pyramide de classes concurrentes, basée sur la domination des classes inférieures par les strates les plus hautes. Dans une telle société, comme nous le savons en observant les nôtres, c’est « domine ou soit dominé », « les loups se mangent entre eux », et « chacun pour soi ». Ainsi « l’individualisme brut » est favorisé aux dépens du sentiment de la communauté, avec des classes basses maltraitées par celles se trouvant au-dessus d’elles et des classes hautes craignant la révolte de celles qui se trouvent en dessous d’elles. Dans de telles conditions, il ne peut y a aucune solidarité à l’échelle de la société, mais seulement une forme partielle de solidarité à l’intérieur des classes dont les intérêts sont opposés, ce qui affaiblit la société dans l’ensemble. (Voir également la section A.2.6.)

Il convient de noter que la solidarité n’implique pas le dévouement ou la négation de soi. Comme Errico Malatesta le dit clairement :

« Nous sommes égoïstes, tous nous recherchons notre propre satisfaction, mais sera anarchiste celui qui trouvera sa plus grande satisfaction à lutter pour le bien de tous, pour l’avènement d’une société au sein de laquelle il se sentira frère parmi des frères, au milieu d’hommes sains, intelligents, instruits, heureux. Celui qui peut se résoudre à vivre satisfait parmi des esclaves et tirer profit d’un travail d’esclaves n’est pas, ne saurait être anarchiste. »[6]

Pour des anarchistes, la vraie richesse, ce sont les gens vivant avec nous sur notre planète.

En outre, honorer l’individualité ne signifie pas que les anarchistes sont des idéalistes, pensant que les gens ou les idées se développent en dehors de la société. L’individualité et les idées se développent dans la société, en réponse à des expériences et des interactions matérielles et intellectuelles, que les gens analysent et interprètent activement. L’anarchisme est, donc, une théorie matérialiste, reconnaissant que les idées se développent via l’interaction sociale et l’activité mentale des individus (Lire Dieu et l'État de Michel Bakounine pour une discussion classique comparant l’idéalisme et le matérialisme).

Ceci signifie qu’une société d’anarchiste sera la création d’êtres humains, d’un quelconque dieu ou de tout autre principe transcendantal, puisque « Rien ne s’arrange jamais soi-même, et moins encore dans les relations humaines. Ce sont les hommes [sic] qui font les arrangements, et ils le font selon leur attitude et leur compréhension des choses. »[7]

Par conséquent, l’anarchisme se base sur la puissance des idées et de la capacité des personnes d’agir et de transformer leurs vies, en se basant sur ce qu’elles considèrent comme juste. En d’autres termes, la liberté.

[modifier] Notes et références

  1. Poète romantique britannique (1792-1822), aux écrits libertaires et révolutionnaires.
  2. « The man
    Of virtuous soul commands not, nor obeys:
    Power, like a desolating pestilence,
    Pollutes whate'er it touches, and obedience,
    Bane of all genius, virtue, freedom, truth,
    Makes slaves of men, and, of the human frame,
    A mechanised automaton. »
    Percy Bysshe Shelley, Queen Mab: A Philosophical Poem.
  3. « the making of a human being [...] is a collective process, a process in which both community and the individual participate. »
    Murray Bookchin, The Modern Crisis, p. 79.
  4. Pierre-Joseph Proudhon, cité par Martin Buber dans Paths in Utopia, pp. 29-30.
  5. « l’autonomia dell’individuo nella libertà dell’associazione »
    Luigi Galleani, La fine dell'Anarchismo?, p. 54.
  6. « we are egoists. All of us seek our own satisfaction, but he is an anarchist who will find his greatest satisfaction in fighting for the good of all, for the coming of a society within which he will feel a brother among his brothers, amidst men who are healthy, intelligent, learned and happy. He who can live satisfied among slaves and who can draw a profit from the work of slaves is not, and cannot be, an anarchist. »
    Errico Malatesta, The Tragic Bandits (Les bandits tragiques), in La Société Nouvelle, 19th year, No. 2, August 1913.
    Nb : la citation originale est inconnue, à moins que Malatesta ait écrit son texte en français ou en anglais.
  7. « Nothing ever arranges itself, least of all in human relations. It is men who do the arranging, and they do it according to their attitude and understanding of things. »
    Alexandre Berkman, Now and After: The ABC of Communist Anarchism, p. 42.
    L'ouvrage Now and After: The ABC of Communist Anarchism est aussi connu sous les noms What Is Communist Anarchism? et What Is Anarchism?

[modifier] Sources

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