Difference between revisions of "Violences urbaines"

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(Son refoulement à la marge des villes)
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À la suite de Norbert Elias, l'historien [[Jean-Claude Chesnais]] a souligné à son tour la baisse tendancielle de la violence dans les sociétés modernes en n'étudiant cependant que la violence proprement physique<ref>
 
À la suite de Norbert Elias, l'historien [[Jean-Claude Chesnais]] a souligné à son tour la baisse tendancielle de la violence dans les sociétés modernes en n'étudiant cependant que la violence proprement physique<ref>
 
Jean-Claude Chesnais, ''Histoire de la violence'', [[Éditions Robert Laffont|Robert Laffont]], Coll. « Pluriel », [[1981]].
 
Jean-Claude Chesnais, ''Histoire de la violence'', [[Éditions Robert Laffont|Robert Laffont]], Coll. « Pluriel », [[1981]].
</ref>. Mais d'autres théoriciens sont venus contredire cette idée à la suite des travaux que l'historien américain [[Tedd Gurr]] a réalisés dans les années [[Années 1970|1970]]-[[Années 1980|1980]], et qui interprètent la violence en terme de privation : elle se développerait lorsque l'élévation des aspirations des individus ne s'accompagne plus d'une amélioration comparable de leurs conditions de vie. C'est ce qui se serait produit dans les sociétés occidentales à partir des [[Années 1930|années 30]], décennie au cours de laquelle Ted Gurr observe un retournement de tendance complet, c'est-à-dire désormais l'augmentation durable de la violence homicide, de la criminalité, des vols ou de la [[délinquance]], selon une courbe en J. La thèse de Ted Gurr est parfois évoquée sous le nom de « théorie de la courbe en J » pour cette raison.  En [[France]], selon [[Sebastian Roché]], cette montée continue s'observe à partir du milieu des [[Années 1950|années 50]]. Elle est par conséquent indépendante, selon lui, du contexte économique : « La délinquance en particulier augmente durant les années de reconstruction et de [[prospérité]]. Depuis le milieu des années 80, elle tend à stagner, et ce malgré l'augmentation du [[chômage]] de longue durée et les phénomènes d'[[exclusion]] »<ref>
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</ref>. Mais d'autres théoriciens sont venus contredire cette idée à la suite des travaux que l'historien américain [[Tedd Gurr]] a réalisés dans les années [[Années 1970|1970]]-[[Années 1980|1980]], et qui interprètent la violence en terme de privation : elle se développerait lorsque l'élévation des aspirations des individus ne s'accompagne plus d'une amélioration comparable de leurs conditions de vie. C'est ce qui se serait produit dans les sociétés occidentales à partir des [[Années 1930|années 30]], décennie au cours de laquelle Ted Gurr observe un retournement de tendance complet, c'est-à-dire désormais l'augmentation durable de la violence homicide, de la criminalité, des vols ou de la [[délinquance]], selon une courbe en J. La thèse de Ted Gurr est parfois évoquée sous le nom de « théorie de la courbe en J » pour cette raison.  En [[France]], selon [[Sebastian Roché]], cette montée continue s'observe à partir du milieu des [[Années 1950|années 50]]. Elle est par conséquent indépendante, selon lui, du contexte économique : « La délinquance en particulier augmente durant les années de reconstruction et de [[prospérité]]. Depuis le milieu des années 80, elle tend à stagner, et ce malgré l'augmentation du [[chômage]] de longue durée et les phénomènes d'[[exclusion]] »
Cité dans un entretien paru dans ''Sciences Humaines'' n°&nbsp;89, décembre [[1998]]. Selon Sebastian Roché, « ces évolutions pourraient résulter d'un phénomène insuffisamment pris en compte par Elias, à savoir la disjonction des scènes sociales où sont appelés à évoluer les individus. Ceux-ci sont en effet amenés à passer d'un statut à l'autre, comme d'une situation familiale ou professionnelle à une autre. La rationalisation du contrôle des [[pulsion]]s est alors à géométrie variable ». Le sociologue [[Laurent Mucchielli]] considère pour sa part que le développement de la délinquance depuis les années 50 est à mettre quasiment exclusivement sur le compte des délits de [[prédation]], mais qu'en revanche on assiste à une stagnation, voire à une baisse des crimes les plus graves.
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Selon Sebastian Roché, « ces évolutions pourraient résulter d'un phénomène insuffisamment pris en compte par Elias, à savoir la disjonction des scènes sociales où sont appelés à évoluer les individus. Ceux-ci sont en effet amenés à passer d'un statut à l'autre, comme d'une situation familiale ou professionnelle à une autre. La rationalisation du contrôle des [[pulsion]]s est alors à géométrie variable ». Le sociologue [[Laurent Mucchielli]] considère pour sa part que le développement de la délinquance depuis les années 50 est à mettre quasiment exclusivement sur le compte des délits de [[prédation]], mais qu'en revanche on assiste à une stagnation, voire à une baisse des crimes les plus graves.
 
Comme le fait remarquer [[Michel Foucault]] dans ''[[Surveiller et punir]]'', les grands complexes industriels [[Europe|européens]] ont été construits en lisière des villes pour prévenir les révoltes ouvrières.  De même, aux États-Unis, les [[campus]] ont été bâtis hors des villes pour éloigner la menace étudiante… Aussi, lorsque la violence amorce une courbe en J [[après-guerre]], consciemment ou non, les autorités vont décider de construire les grands ensembles où loger les populations les plus démunies en [[banlieue]]. Or, dans l'inconscient collectif, la banlieue est par excellence et depuis toujours le lieu en marge, celui qui accueillerait les « marginaux », les « barbares », autrement dit les « zoulous », les « sauvageons », pour reprendre un mot de Jean-Pierre Chevènement, la « racaille » pour reprendre Nicolas Sarkozy : dès le Moyen Âge, la banlieue est cet espace qui se situe à une lieue de la ville et où cesse de s'appliquer le ban, c'est-à-dire le pouvoir seigneurial, cet espace au-delà duquel on est banni, on ne fait plus partie de la Cité, et donc de la civilisation<ref>
 
Comme le fait remarquer [[Michel Foucault]] dans ''[[Surveiller et punir]]'', les grands complexes industriels [[Europe|européens]] ont été construits en lisière des villes pour prévenir les révoltes ouvrières.  De même, aux États-Unis, les [[campus]] ont été bâtis hors des villes pour éloigner la menace étudiante… Aussi, lorsque la violence amorce une courbe en J [[après-guerre]], consciemment ou non, les autorités vont décider de construire les grands ensembles où loger les populations les plus démunies en [[banlieue]]. Or, dans l'inconscient collectif, la banlieue est par excellence et depuis toujours le lieu en marge, celui qui accueillerait les « marginaux », les « barbares », autrement dit les « zoulous », les « sauvageons », pour reprendre un mot de Jean-Pierre Chevènement, la « racaille » pour reprendre Nicolas Sarkozy : dès le Moyen Âge, la banlieue est cet espace qui se situe à une lieue de la ville et où cesse de s'appliquer le ban, c'est-à-dire le pouvoir seigneurial, cet espace au-delà duquel on est banni, on ne fait plus partie de la Cité, et donc de la civilisation<ref>
  

Revision as of 18:36, 18 November 2008

  1. Cité par Sophie Body-Gendrot, « L'insécurité. Un enjeu majeur pour les villes », in Sciences Humaines n° 89, décembre 1998.
  2. Jean-Claude Chesnais, Histoire de la violence, Robert Laffont, Coll. « Pluriel », 1981.
  3. Conclusion

    Selon le philosophe Jean-Marie Muller, « la violence qui vient d‘embraser les banlieues n'est pas un moyen d'action, mais un moyen d'expression. Cette violence étant l'expression d'un désir de communication, un besoin de dialogue, il appartient à la société d'entendre cet appel. Le véritable défi lancé par ces violences à la société est de déconstruire la culture de violence qui domine notre civilisation.»

    Voir aussi

    Articles connexes

    Bibliographie

    • Hugues Bazin, La Culture hip-hop, Desclée de Brouwer, 1995 (ISBN 2220036472) ;
    • Sophie Body-Gendrot, « L'Insécurité. Un enjeu majeur pour les villes », in Sciences Humaines, décembre 1998 ;
    • Jacques Donzelot avec Catherine Mevel et Anne Wievekens, Faire société : la politique de la ville aux États-Unis et en France, Seuil, coll. « La Couleur des idées », Paris, 2003 (ISBN 2-02-057327-X) ;
    • Norbert Elias, La civilisation des mÅ“urs, Calmann-Lévy, coll. « Agora », 1973 (ISBN 2266131044) ;
    • Hugues Lagrange, « La Pacification des mÅ“urs et ses limites. Violence, chômage et crise de la masculinité », in Esprit, décembre 1998 ;
    • Yves Michaud, « La Violence. Une question de normes », in Sciences Humaines, décembre 1998 ;
    • Laurent Mucchielli, Violence et insécurité, Paris, La Découverte ;
    • Xavier Raufer et Alain Bauer, Violences et insécurité urbaines, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1998-2003 ;
    • Sebastian Roché, Sociologie politique de l'insécurité, PUF, Coll. « Quadrige », 2004 (ISBN 2130537049).
    • Christophe Soullez, Les violences urbaines, Milan, coll. « Les essentiels », 2001-2002

    Liens externes

    Notes

    1. Cité par Sophie Body-Gendrot, « L'insécurité. Un enjeu majeur pour les villes », in Sciences Humaines n° 89, décembre 1998.
    2. Jean-Claude Chesnais, Histoire de la violence, Robert Laffont, Coll. « Pluriel », 1981.
    3. Conclusion

      Selon le philosophe Jean-Marie Muller, « la violence qui vient d‘embraser les banlieues n'est pas un moyen d'action, mais un moyen d'expression. Cette violence étant l'expression d'un désir de communication, un besoin de dialogue, il appartient à la société d'entendre cet appel. Le véritable défi lancé par ces violences à la société est de déconstruire la culture de violence qui domine notre civilisation.»

      Voir aussi

      Articles connexes

      Bibliographie

      • Hugues Bazin, La Culture hip-hop, Desclée de Brouwer, 1995 (ISBN 2220036472) ;
      • Sophie Body-Gendrot, « L'Insécurité. Un enjeu majeur pour les villes », in Sciences Humaines, décembre 1998 ;
      • Jacques Donzelot avec Catherine Mevel et Anne Wievekens, Faire société : la politique de la ville aux États-Unis et en France, Seuil, coll. « La Couleur des idées », Paris, 2003 (ISBN 2-02-057327-X) ;
      • Norbert Elias, La civilisation des mÅ“urs, Calmann-Lévy, coll. « Agora », 1973 (ISBN 2266131044) ;
      • Hugues Lagrange, « La Pacification des mÅ“urs et ses limites. Violence, chômage et crise de la masculinité », in Esprit, décembre 1998 ;
      • Yves Michaud, « La Violence. Une question de normes », in Sciences Humaines, décembre 1998 ;
      • Laurent Mucchielli, Violence et insécurité, Paris, La Découverte ;
      • Xavier Raufer et Alain Bauer, Violences et insécurité urbaines, PUF, coll. « Que sais-je ? », 1998-2003 ;
      • Sebastian Roché, Sociologie politique de l'insécurité, PUF, Coll. « Quadrige », 2004 (ISBN 2130537049).
      • Christophe Soullez, Les violences urbaines, Milan, coll. « Les essentiels », 2001-2002

      Liens externes

      Notes

      <references></references>
      1. REDIRECT Modèle:Wikipedia

      Catégorie:Violence Catégorie:Urbanisme Catégorie:Sociologie Catégorie:Révolte

    1. REDIRECT Modèle:Wikipedia

    Catégorie:Violence Catégorie:Urbanisme Catégorie:Sociologie Catégorie:Révolte