Libertad

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Catégorie:Anarchiste

Joseph Albert, dit Albert Libertad ou Libertad, est né à Bordeaux le 24 novembre 1875 de parents inconnus, ceux-ci l'ayant confié à l'assistance publique. mort à Paris, le 12 novembre 1908. À la suite d'une maladie, dans sa prime jeunesse, il perdra l'usage de ses jambes. Il se déplacera par la suite avec des béquilles.

Dès 1896, à l'age de 21 ans, Libertad fait de la propagande anarchiste au sein de réunions publiques. Il devra attendre, du fait d'être de l'assistance publique, sa majorité pour quitter Bordeaux ; il partira pour Paris, où il vécut à la belle étoile ou dans des asiles de nuit, avant de se présenter dans les bureaux du "Libertaire", bureau qui lui servira d'abri temporaire. Il erra et vécut par la suite difficilement durant son séjour sur Paris. Dès 1899, il pratiquera le métier de correcteur dans l'imprimerie tenue par Aristide Briand, qui éditait "La Lanterne", puis il travaillera pour Sébastien Faure éditant le "journal du peuple" et entra entre 1900/1905 à l'imprimerie Lamy-Laffon. En 1901, il fera partie du syndicat des correcteurs ; il écrira aussi dans ses journaux (ainsi qu'au journal "droit de vivre"), où son talent journalistique sera reconnu.

Libertad était un adepte de la propagande par le fait, c'était aussi un orateur hors pair qui sera vite reconnu par le mouvement anarchiste, pour son ton tranchant, ironique, pour son imagination débordante et sa verve polémique ; son coté bagarreur avec ses cannes sera aussi très remarqué. Il sera vivement critiqué et calomnié par quelques dits "anarchistes" (Georges Renard et Martinet), mais il se trouve que plus tard, ces dits "anarchistes" seront reconnus comme étant des spécialistes du renseignement policier, taupes qui s'étaient introduites dans le milieu anarchiste (la répréssion à la suite de la Commune de Paris était encore d'actualité). C'était pour ces diverses raisons que Libertad était surveillé par la police (la liste de rapports sur Libertad est longue). Libertad se plaindra par l'intermédiaire du "Libertaire" d'être constamment surveillé par deux policiers, ce qui ne changera rien à sa surveillance.

Il fera partie du groupe libertaire montmartrois "les iconoclastes". Lors de l'affaire Dreyfus, il prendra position en faveur du capitaine Dreyfus, à coté de Sébastien Faure (même si son soutien ne resta que relatif). À la suite de cette affaire, en 1902, il sera parmi les fondateurs de la ligue antimilitariste, organisme à prétentions révolutionnaires. Néanmoins, il s'en détachera plus tard, refusant que cet organisme devienne un lieu de spécialisation (voire de centralisation). Il cherchait les moyens directs, sans artifice, ici et maintenant, afin de diffuser les idées anarchistes. Cette même année (il recommencera en 1904), il se présentera comme "candidat abstentionniste" dans le 11ème arrondissement de Paris, car c'était selon lui un moyen de faire de la propagande anarchiste, il mènera une campagne abstentionniste.

Il participera à l'essor du mouvement des causeries populaires, avec Paraf-Javal, ami avec qui il se fâchera plus tard. Paraf-Javal donnait auparavant des cours au sein d'universités populaires. La rencontre entre paraf-javal et libertad entraîna la création de causeries dégagées du cadre stricte des universités populaires (trop didactique et spécialisé), un premier local fut ouvert en octobre 1903 à "cité d'Angouléme", ce fut un succès, et des initiatives se développèrent au sein de Paris, de la banlieue, de la province (certaines d'entre elles seront éphémères). Le scientisme et l'éducationnisme de paraf-javal ne suffira pas à libertad, qui tentera d'insufler à ces Causeries une dynamique d'agitation, mettant en rapport direct les idées anarchistes avec les objets d'études scientifique posés par paraf-javal. Les thèmes abordés seront divers, mais la question de l'amour libre, de la relation avec les syndicats ou avec le mouvement ouvrier y seront abordés... Les gens qui venaient à ces réunions étaient également pris en filature. Il arriva parfois que la police demande aux gens venus pour la causerie de circuler, entraînant des échaufourrées, avec comme résultat des blessés. Néanmoins, l'évolution que prenaient les causeries, son côté activiste, ne plaira pas à paraf-javal... En avril 1905, Libertad fondera le journal "l'anarchie". Diverses personnes connues plus tard tourneront autour de ce journal, dont André Lorulot, Mauricius, Léon Israël, puis plus tard Ernest Armand.

Libertad était un révolté, qui luttait non en dehors (comme les communautaires/colonies) ni à côté de la société (les éducationnistes), mais en son sein. Il sera montré comme une figure de l'anarchisme individualiste, néanmoins, il ne se revendiquera jamais ainsi, même s'il ne rejetait pas l'individualisme, et que selon Mauricius, qui était un des éditeurs du journal "l'anarchie" il dira Nous ne nous faisions pas d'illusions, nous savions bien que cette libération totale de l'individu dans la société capitaliste était impossible et que la réalisation de sa personnalité ne pourrait se faire que dans une société raisonnable, dont le communisme libertaire nous semblait être la meilleure expression.". Libertad associait à la dynamique de révolte individuelle radicale le projet d'émancipation collective. Il insistait sur la nécéssité de développer le sentiment de camaraderie, afin de remplacer la concurrence qui était la morale de la société bourgeoise.

Citations

  • "Rompre tout à coup avec les idées reçues dans l'humanité. Ne pas être l'opportuniste qui les suit, ni l'idéaliste qui bâtit dans l'île de Salente ou dans le pays de l'Utopie ; vouloir se vivre et avoir l'orgueil de vouloir se vivre, non dans des caprices de fou ou de névrosé, mais en se mettant d'accord avec les connaissances scientifiques actuelles, la meilleure hygiène, la meilleure économie [...]. Cette feuille désire être le point de contact entre ceux qui, à travers le monde, vivent en anarchiste sous la seule autorité de l'expérience et du libre examen". ( Libertad, "Aux anarchistes !" L'anarchie, n°1, 1905.)
  • "Mais tant vont les noms aux choses que les êtres les perdent. Renversant la perspective, j'aime prendre conscience qu'aucun nom n'épuise ni ne recouvre ce qui est moi. Mon plaisir n'a pas de nom. Les trop rares moments où je me construis n'offrent aucune poignée par où l'on puisse me manipuler de l'extérieur. Seule la dépossession de soi s'empêtre dans le nom des choses qui nous écrasent. Je souhaite que l'on comprenne aussi dans ce sens, et pas seulement dans le simple refus du contrôle policier, le geste d'Albert Libertad brûlant ses papiers d'identité, geste que rééditeront en 1959 les travailleurs noirs de Johannesburg. Admirable dialectique du changement de perspective : puisque l'état des choses m'interdit de porter un nom qui soit comme pour les féodaux l'émanation de ma force, je renonce à toute appellation ; et du même coup, je retrouve sous l'innommable la richesse du vécu, la poésie indicible, la condition du dépassement..." (Raoul Vaneigem, Traité de savoir-vivre à l'usage des jeunes générations, 1967.)
  • "Si Libertad a fait face, de son vivant, à tant de calomnies, s'il a suscité la haine et la dérision, apanage des esprits les plus libres, ou s'il a été travesti en agitateur "pittoresque" par les chieurs d'encre, c'est sans doute parce que son existence même était intolérable : elle était la négation de l'hébétude, de l'instinct grégaire et de l'attachement à l'état de mort-dans-la-vie que perpétuent, d'une génération à l'autre, ceux-là mêmes que leur adhésion formelle à telle ou telle théorie révolutionnaire serait censée immuniser contre les repoussantes séductions du vieux monde. Mais s'il est scandaleux que Libertad ne soit pas entré dans la mort avant de tomber sous les coups des flics, il est bien plus intolérable encore que loin de se satisfaire d'un misérabilisme de marginal, il ait toujours porté la contradiction au coeur même de l'illusion sociale, dans le domaine réservé aux tenants interchangeables de l'Etat et de sa négation spectaculaire (...). Rejet du passé, rejet des germes de mort et de putréfaction qui empoisonnent déjà le futur, sont indissolublement liés : tel est le sens de la haine que porte Libertad au "culte de la charogne", dont toute la vie quotidienne subit l'envahissement : "Les morts nous dirigent ; les morts nous commandent, les morts prennent la place des vivants." Jamais peut-être l'essence morbide de la démocratie, dans ses manifestations apparemment les plus disparates, n'a été perçue avec une telle lucidité. Il est d'ailleurs superflu d'insister sur le caractère prémonitoire de cette vision : il suffit de considérer le fascisme, putréfaction ultime de la démocratie, le stalinisme triomphant, construit sur des millions de charognes - celles des "héros" et celles des "traîtres" - ou l'idéologie du martyr partagée par la plupart des mouvements qui prétendent s'opposer à la bureaucratie comme au capitalisme et pour lesquels, dans le meilleur des cas, la vie n'est que l'espoir de vivre. (Roger Langlais, préface au Culte de la charogne, 1976.)

Voir aussi

  • Jane Morand, qui fut sa compagne durant un temps et a publié des "Souvenirs sur Libertad" dans le n°17 de La Revue anarchiste (1923).
  • Le Criminel, un texte contre les élections par Libertad

liens externes

Textes de ou sur Libertad

  • André Colomer, A nous deux, Patrie ! (chapitre XVIII: "Le Roman des Bandits Tragiques", paru initialement en 1922 dans le numéro 12 de La Revue anarchiste), Paris, 1925.
  • Libertad, Le Culte de la Charogne et autres textes choisis et présentés par Roger Langlais, Editions Galilée, Paris, 1976. Réédition maspérisée en 2006 (Agone, Marseille).
  • Revue A contretemps, Paris, 2007.