FAQAnar:H.1.11 - Comment les anarchistes proposent-ils de diriger une usine ?

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FAQ anarchiste
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« L'anarchie c'est l'ordre moins le pouvoir »
H - Pourquoi les anarchistes s'opposent au socialisme d'État ?

Introduction
H.1 - Les anarchistes se sont-ils toujours opposés au socialisme d'État ?



H.2 - Quelles parts de l'anarchisme les marxistes représentent sous un mauvais jour ?



H.3 - Quels sontles mythes du socialisme d'État ?



H.4 - Engels refuta-t'il l'anarchisme dans son essai De l'Autorité ?



H.5 - Qu'est-ce que l'avant-gardisme et pourquoi les anarchistes le rejettent-ils ?



Sommaire complet et détaillé


Catégorie:Pourquoi les anarchistes s'opposent au socialisme d'État ? Dans sa campagne contre les idées anti-autoritaires lors de la première Internationale, Engels demande dans une lettre écrite en janvier 1872 « Comment feraient ces personnes [les anarchistes] pour diriger une usine, mettre en oeuvre un service de chemin de fer ou piloter un bateau sans avoir en fin de compte quelqu’un qui prendra la décision, sans organisme de direction. » [The Marx-Engels, p. 729 ]

On peut, naturellement, se demander si Engels était totalement ignorant des idées de Bakunin et de ses nombreux commentaires soutenant les cooperatives et les associations d’ouvriers comme des moyens par lesquels les ouvriers « s’organiseraient et conduiraient l’économie sans anges gardien, sans l’état ou leurs anciens employeurs. » Bien sur, Bakunin « Ã©tait convaincu que le mouvement coopératif s’épanouirait et atteindrait sa pleine capacité seulement dans une société où la terre, les instruments de la production, et la propriété héréditaire seront possédés et à disposition des ouvriers eux-mêmes : par leurs fédérations librement organisées d’ouvriers agricoles et industriels. » [Bakunin on Anarchism, p. 399 and p. 400] Ce qui signifie que Bakunin, comme tous les anarchistes, se rendait bien compte de la façon dont une usine ou tout autre lieu de travail serait organisée :

« Seul le travail d’associés, c.-à-d., de travailleurs organisés sur les principes de la réciprocité et de la coopération, est adapté à la tâche du maintien ... de la société civilisée. » [The Political Philosophy of Bakunin, p. 341]

En octobre de la même année, Engels a finalement « soumis des arguments comme ceux-ci aux plus fanatiques des anti-authoritaires » (selon ses propres termes) qui ont répondu que pour diriger une usine, un service de chemin de fer ou un bateau, cela exigeait de l’organisation « ... mais ici ce n’était pas de l’autorité que nous conférons aux délégués, mais une mission de confiance » Engels commenta la chose en disant que les anarchistes « pensent que quand ils ont changé les noms des choses ils ont changé les choses elles-même. » Il pense, donc, que l’autorité « ... aurait seulement changé de forme » plutôt que d’être supprimée sous l’anarchisme car « celui qui mentionne l’action combinée parle d’organisation » et qu’il n’est pas possible « d’avoir l’organisation sans l’autorité. » [Op. Cit., p. 732 and p. 731]

Cependant, Engels confond simplement deux choses différentes, l’autorité et l’accord. Faire un accord avec une autre personne est un exercice de votre liberté, et non sa restriction. Comme Malatesta l’a expliqué, « les avantages que l’association et la division du travail conséquente offrent » signifient que l’humanité « a évolué vers plus de solidarité. » Cependant, dans une société organisée en classes « les avantages de l’association, le bien que l’homme pouvait retirer de l’appui de ses compagnons » a été détourné au profit de quelques uns, qui ont profité des « avantages de la coopération en soumettant d’autres hommes [ à leur autorité ] au lieu de se joindre à eux. » Cette opression se faisait toujours sur la base « d’association et de coopération, sans lesquelles aucune vie humaine n’est possible ; mais c’était une manière de coopérer imposée et commandée par quelques uns pour leur seul interêt. » [Anarchy, p. 28] Les anarchistes cherchent à organiser des associations pour éliminer la domination. Ceci serait fait par des ouvriers s’organisant collectivement pour prendre leurs propres décisions au sujet de leur travail (l’auto-gestion des ouvriers, pour reprendre la terminologie moderne).

En tant que tels, les ouvriers organiseraient leurs tâches mais ceci ne rendrai pas nécessaires les mêmes rapports sociaux autoritaires qui existent sous le capitalisme :

« Naturellement dans chaque grande entreprise collective, une division de travail, gestion technique, administration, etc., est nécessaire. Mais les autoritaires jouent maladroitement sur les mots pour produire une justification à un gouvernement hors du besoin très réel d’organisation du travail. Le gouvernement ... est l’ensemble des individus qui ont le droit et les moyens, ou s’en sont emparé, de faire des lois et d’obliger les gens à obéir ; l’administrateur, l’ingénieur, etc., sont des gens, au contraire, qui sont nommés ou assument la responsabilité de mener à bien un travail particulier et qui agissent ainsi. Le gouvernement signifie la délégation de compétences, c’est l’abdication de l’initiative et de la souveraineté de tous dans les mains de quelques-uns ; l’administration signifie la délégation du travail, c’est-à-dire des tâches données et reçues, des échanges libres de services basés sur l’accord libre ... Ne laissez pas faire la confusion entre la fonction du gouvernement et celle de l’administration, parce qu’elles sont essentiellement différentes, et si aujourd’hui les deux sont souvent confondus, c’est seulement en raison de privilèges économiques et politique. » [Anarchy, pp. 39-40]

Pour une tâche donnée, coopération et activité commune peuvent être exigés de par sa nature. Prenons, par exemple, un réseau ferroviaire. L’activité commune de nombreux ouvriers est exigée pour s’assurer qu’il fonctionne avec succès. Le conducteur dépend du travail des opérateurs de signaux et des gardes, par exemple, pour leur donner l’information nécessaire et essentielle pour le fonctionnement continu du réseau. Les passagers dépendent du conducteur et des autres ouvriers pour s’assurer leur voyage sera rapide et sur. En tant que tel, il y a un besoin objectif de coopérer mais ce besoin est compris et convenu par les personnes impliquées.

Si une activité spécifique a besoin de la coopération d’un certain nombre de personnes et peut seulement être réalisée si ces personnes travaillent ensemble en équipe et doivent, en conséquence, passer par des accords, alors c’est assurément un fait normal que l’individu peut seulement se rebeller en quittant l’association. De même, si une association considère sage d’élire un délégué dont les tâches ont été assignées par ce groupe alors, encore, c’est un fait normal sur lequel les individus en question ont été d’accord et ainsi n’a pas été imposé à l’individu par une volonté externe — l’individu a été convaincu de la nécessité de coopérer et agit ainsi.

Engels confond, donc, l’autorité du système actuel, organisée et imposée du haut vers le bas, avec l’auto-gestion exigée par une société libre. Il a essayé d’appliquer le même mot « autorité » à deux concepts fondamentalement différents. Cependant, nous détournons des mots et récoltons la déception quand nous nous appliquons le même terme à deux concepts totalement différents. Comme si l’organisation hiérarchique et autoritaire du travail sous le capitalisme, imposée par quelques-uns aux autres et basée sur l’absence de pensée et de volonté des subordonnés, pourrait être comparée à la coordination des activités communes par les individus libres ! Qu’y a-t-il en commun avec la structure autoritaire de l’usine capitaliste ou de l’armée et l’organisation libertaire exigée par des ouvriers pour contrôler leur lutte pour la liberté et, finalement, pour contrôler leur propre travail ? Engels détourne le langage en employant le même mot ("autorité") pour décrire deux choses aussi radicalement différentes que l’organisation hiérarchique du travail salarié et l’association et la coopération libre d’égaux de l’auto-gestion. Si une activité exige la coopération de nombreux individus alors, clairement, c’est un fait normal et il n’y a pas beaucoup que les individus impliqués puisse faire à ce sujet. Les anarchistes n’ont pas pour habitude de nier le bon sens. La question est simplement comment ces individus coordonnent leurs activités. Est-ce au moyen d’auto-gestion ou par la hiérarchie (autorité) ?

En tant que tels, les anarchistes ont toujours été clairs sur la façon dont l’industrie serait dirigée — par les ouvriers eux-mêmes dans leurs propres associations libres. De cette façon la domination du patron serait remplacée par des accords entre des gens égaux (voyez les sections I.3.1 et I.3.2 Comment les anarchistes pensent que les usines seraient dirigées dans une société libre).